Dissuasion
nucléaire
En engageant la France sur la voie du renforcement de son arsenal
nucléaire, arsenal plus flexible, adaptable à différents niveaux
de menace, Jacques Chirac, sous prétexte de mieux assurer notre
sécurité, reprend à son compte le rôle du pompier pyromane. La menace
que cette nouvelle version de notre politique de dissuasion fait
désormais potentiellement peser sur les puissances régionales ne
peut que les encourager à se doter de l'arme nucléaire, ou si cela
est déjà fait, à en multiplier les capacités.
En définitive, la seule véritable assurance que nous apporte une
telle politique, est celle d'un niveau accru d'insécurité au plan
international. En prenant le contre-pied du traité de non prolifération
nucléaire, traité que la France a signé, et dont les dispositions
font reposer le succès de la non prolifération sur la dénucléarisation
progressive et continue des puissances nucléaires, cette politique
disqualifie en outre notre pays auprès de l'opinion internationale
dans toute condamnation de l'accès de nouveaux Etats au nucléaire
militaire (l'Iran notamment).
Foncièrement coûteuse, dangereuse pour tous, y compris pour ceux
qui travaillent sur les sites où ses forces sont implantées et les
populations qui vivent à proximité, la dissuasion nucléaire s'avère
inefficace voire contre productive pour combattre les sources premières
de l'insécurité que sont la pauvreté et les disparités criantes
de niveau de vie.
Partisans inconditionnels du désarmement nucléaire, nous considérons
que les milliards engloutis chaque année dans notre force de dissuasion
devraient être prioritairement affectés à la reconversion de nos
bases nucléaires, aux compensations légitimes des territoires qui
les accueillent et au financement de programmes d'aide au développement.
Le monde bipolaire de la guerre froide n'est plus. Aujourd'hui
plus que jamais combattre efficacement l'insécurité du monde c'est
investir massivement dans le développement et non dans les armes
de destruction massive.